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Les coups de coeur de Jean-Marc
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Les bisons de Broken Heart de Dan O'Brien (Folio, Gallimard) - 7 €
Dan O'Brian est écrivain et éleveur de bovins dans les grandes plaines de l'ouest américain, dans les Blackhills où il s'installe. Mine, déboisement, agriculture et élevage intensifs ont transformé l'image d'Epinal du fermier citoyen en dure réalité économique. Ici le grand prédateur des plaines c'est le banquier. Qu'importe ! O'Brien a son ranch et décide de faire de l'élevage de bisons. Optimiste, comme seuls les Américains savent l'être, il va réaliser son rêve. Il complète ses fins de mois avec des cours à l'université, élève des faucons pèlerins avec lesquels il chasse, et installe ses clôtures. On apprend la mécanique des équilibres écologiques: les bisons paissent et se déplacent en masse, assurant un renouvellement homogène des différentes herbes. Ils sont résistants au froid et pour l'eau se contentent d'une flaque, quitte à la faire remonter à fleur de terre avec leurs sabots. Au contraire, les vaches d'Europe se dispersent et choisissent uniquement la flore la plus grasse favorisant ainsi chaque année la survie puis l'invasion des plantes les plus pauvres, elles meurent vite de soif. Ils leur faut donc des dizaines de points d'eau artificiels. Quand les vaches ont remplacé les bisons les loups ont préféré les petits veaux ! Il a donc "fallu" tuer tous les loups, du coup les daims se multiplient et empiètent sur le domaine des vaches, il a alors fallu les tuer aussi. On ne remplace pas impunément un rouage écologique par un autre ! Bref arrêtons d'en parler pour vous laisser le plaisir de lire ce livre. Une histoire qui fait chaud au coeur malgré la dureté du climat, avec un panel de personnage attachant, tout est en place pour passer un bon moment de lecture.
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Voyages, îles et tragédies |
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Une saison comme une autre pour parler un peu dépaysement. Des histoires de longs voyages, de beaux regards et de tragédies sanglantes:
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Iles tragiques de Hugo Verlomme et David König (Arthaud) - 20 €
L’île est un lieu de fantasme, on imagine de magnifiques flots bleus avec des cocotiers ou alors des parois abruptes et une mer rugissante qui explose sur les récifs dentelés. Dans tous les cas un lieu fermé où les drames et la folie humaine peuvent s’épanouir. Ce livre raconte l’histoire d’une dizaine d’îles où de tels drames ont eu lieu. Ces lieux clos rendent l’atmosphère rapidement irrespirable : il n’y a pas de « soupape » pour échapper à la volonté de puissance, l'avidité ou la peur des autres. Ce livre n’a pas la prétention d’être un chef d’œuvre de style mais les histoires sont « belles » et font réfléchir. Tous ces « faits divers » îliens ont été l’occasion d’ouvrages indépendants dont j’ai apprécié certains, que voici.
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L'archipel des hérétiques de Mike Dash (Lattès) - 20.90 €
L'histoire du naufrage du Batavia en 1630, sur des récifs de corail au large de l’Australie. Plus de 300 hommes, femmes, enfants se retrouvent échoués, aux prises avec un tueur psychopathe du nom de Jeronimus Cornelisz ! Rassurez-vous, il y aura des survivants pour témoigner et faire que cette histoire nous soit parvenue. Un suspens à couper le souffle ! Qu'attend Hollywood pour en faire un film ?
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Les Naufrageurs de l'Ile de Tromelin d'Irène Frain (Michel Lafon) - 20 €
En 1761, un navire français transportant des esclaves s’échoue sur l’îlot de Tromelin (1.5 km², point culminant 5 m !). On construit un canot de fortune et les 120 marins partent, mais pas de place pour les 60 esclaves noirs ! On les laisse puis on les oublie. Ils creusent un puits où ils trouvent de l’eau saumâtre à 5 mètres. On les repèrera deux ans plus tard, les hommes partiront, les femmes resteront 15 ans encore dans le dénuement qu’on imagine, vivants de coquillages, s’enterrant dans une tranchée creusée pour ne pas être emportées lors des ouragans et cyclones...
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L'Ile aux fous d'Ana Garcia Bergua (Mercure de France) - 22 .80 €
L'île aux fous, c’est Clipperton ! La belle île du scientifique Jean-Louis Etienne qui nous a ramené de magnifiques images des lieux. En ce début de XXème siècle, une tentative de colonisation mexicaine tourne court ! Les colons mâles meurent et s’entretuent. Bientôt plus qu’un survivant qui règne sur son gynécée : il déclare à toutes que si un bateau approche il faudra se cacher car il n’est plus question d’appeler à l’aide ! Quand la première fumée monte à l’horizon, le drame se noue.
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L'île de Robert Merle (Folio Gallimard) - 8.60 € ou Pitcairn de Nordhoff (Phébus) - 10.50 €
Deux livres magnifiques pour le même drame : celui des survivants de la mutinerie de la « Bounty ». 15 hommes (huit marins, six polynésiens) mais douze tahitiennes seulement, qui se retrouvent isolés sur l’île de Pitcairn : le déséquilibre hommes/femmes, le racisme de plomb des marins anglais, tout est là pour le drame, tous les hommes se massacreront allégrement pendant dix ans. Un seul survivra, entouré de 10 femmes (qui assurent l'intendance pendant ce temps !) et 24 enfants. Il détruit l’alambic bricolé quelques années auparavant et proclame la fin de la violence sur son nouveau domaine. Cette folie est incroyablement poignante.
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Voilà c'est assez pour l'instant, non ?
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Une histoire d'amour et de ténèbres de Amos Oz (Folio, Gallimard) - 9.60 €
"Les microbes étaient l’un de nos pires cauchemars. Comme l’antisémitisme: même si l’on ne s’était jamais retrouvé face à un antisémite ou à des microbes, on savait parfaitement qu’il nous guettaient de partout, voyant tout sans être vus."
Amos Oz
Bref ce sont les mémoires d’Amos Oz. Ce mot n'est pas à entendre au masculin comme une rubrique mais comme une réalité vivante. Des mémoires il y en a eu des myriades et elles sont rapidement oubliées, couvrant le fond de notre propre mémoire comme le limon, le fond des mers. Tel ne sera pas le cas de celles d'Amos Oz: notre auteur est né pendant la seconde guerre mondiale à Jérusalem. Il raconte son enfance modeste, ses parents, les parents de ses parents, puis les cousins, les oncles, tantes, les amis, les voisins et les parents des voisins. C’est une foule immense de vies et de livres -son père est bibliothécaire-. Amos Oz remonte dans le temps et les générations, dans l’espace à Jérusalem, en Ukraine ou en Lituanie, foule de vies, de drames, d’illusions, un livre intense et bouleversant. Ce n’est pas seulement l’art de raconter des anecdotes mais aussi l’art de transcender ces vies particulières en les faisant marcher dans l’Histoire. Les gestes, les paroles, les tics, les défauts font sens dans une humanité où se mêlent profondeur et légèreté, humour et tragédie. Ce livre fait 850 pages, un pavé comme on dit, et si on plonge dans cet univers fascinant avec émotion, on en ressort changé pour longtemps. Il faut le dire c’est pour moi un chef d’œuvre -et c’est un terme que je ne cherche pas à galvauder dans mes critiques !
"Le mauvais lecteur, comme le journaliste hors d’haleine, manifestent une méfiance hostile, une rancune vertueuse et puritaine, envers la création, l’inventivité, la ruse et l’exagération, les jeux de séduction, l’ambiguïté la musique, l’inspiration, l’imagination elle-même : il consentira peut-être à s’aventurer dans une création littéraire complexe à condition qu’on lui promette la satisfaction « subversive » de l’abattage des vaches sacrées, ou le plaisir acide et hypocrite dont sont friands les consommateurs de scandales et de révélations qui font les choux gras des tabloïds.
Le mauvaislecteur trouve son plaisir dans ce que le grand Dostoïevski lui-même était vaguement suspect d'avoir eu un certain penchant pour le vol et l'assassinat des vieilles dames, que Faulkner était probablement coupable d'inceste, que Nabokov forniquait avec des mineures, ... sans parler de ce que Sophocle a fait à son père et à sa mère, sinon comment aurait-il pu décrire la chose avec autant de réalisme.
[...] On se trompe si l'on cherche le coeur de l'histoire dans l'interstice entre la création et son auteur : il vaut mieux le rechercher non pas dans l'écart entre l'écrit et l'écrivain, mais entre l'écrit et le lecteur".
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