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Les coups de coeur de Jean-Marc
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Le Tigre : une histoire de survie dans la Taïga de John Vaillant (Noir sur Blanc) - 22 €
John Vaillant est témoin d'une chasse au tigre en 1997, en Sibérie. Le tigre a tué et dévoré un braconnier et ses chiens: Iouri Trouch, le responsable de la section «Tigre» du massif du Primorié (à l'est de Vladivostok, c'est dire comme c'est loin de tout!) enquête. Un simple accident? Faut il poursuivre le tigre?... après tout, la chasse au tigre est interdite, alors tant pis pour le braconnier! Mais les traces suggèrent une histoire: le tigre est blessé à une patte (on le voit aux traces sur la neige), il ne peut plus chasser les proies habituelles, il fait froid, on est en décembre, et pour le tigre, un bûcheron local fait bien l'affaire. Il a pris goût à l'homme et recommence à tuer. Même pour ce protecteur des tigres et de la nature, tout est dit: il faut suivre et abattre la bête. Toute l'histoire de la nature et des hommes est racontée à travers cette chasse: colons russes d'Extrême orient, Chinois et peuples de la taïga. Corruption généralisée: la Nature, faune et forêts, est mise à l'abattage sauvage pour ravitailler le nouveau marché chinois ouvert depuis 1992 par la pérestroïka. Aucune loi n'y peut rien quand les nouveaux riches russes, qui assurent normalement la légalité, traversent la taïga en 4x4 japonais en tirant avec des armes de précision sur tout ce qu'ils voient, sans descendre de leur voiture. En 2007, Moscou s'est déchargé de la mission de protection de la faune sur l'administration des chasseurs locaux!... Et ces derniers ils sont unanimes, s'il y a de moins en moins de sangliers et de cerfs, c'est la faute des tigres! Fermez le ban!
Le livre et ses personnages sont magnifiques. Lisez le.
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Qumrân, les ruines de la discorde de Simone et Claudia Paganini (Bayard) - 19€
55 ans après les découvertes des premiers manuscrits de Qumrân les auteurs font le point. Ils commencent par un rappel des incroyables péripéties de ces manuscrits et des polémiques plus ou moins fantasmatiques reprises de ci de là dans la presse ou dans les livres qui tiennent plus du roman que de l'étude. Puis ils remettent les pendules à l'heure en nous expliquant ce que l'archéologie moderne qui est leur approche privilégiée peut nous dire sur le contexte historique de ces manuscrits. C'est clair, net, bien écrit et pédagogique, what else?
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Une année studieuse de Anne Wiazemsky (Gallimard) Notre chère Anne, petite fille de François Mauriac, raconte sa vie en 1966-67 quand elle avait 18 ans (Pour sa naissance à Berlin en 47, voir son livre précédent: «Mon enfant de Berlin»). Peut être cela l'agace-t-il d'être encore appelée «petite fille de...» alors qu'elle préférerait que l'on dise «Ah , Mauriac, le grand-père d'Anne Wiazemsky!». Mais bon.
J'y viens: Anne raconte donc sa vie en 66-67. Elle tombe amoureuse de Godard et se marie avec lui, croise Bresson, Pasolini, prend des cours de rattrapage de philo avec Francis Jeanson parce qu'elle a raté son bac! Qu'importe, elle tournera dans «La chinoise». Ce n'est pas une autobiographie car, comme elle le dit, elle mélange pour notre bonheur et sa liberté, ce qui s'est passé et ce qui aurait pu se passer: «poésie et vérité». Cela est léger, sent bon la nostalgie des années soixante où la France était encore un pôle culturel. C'est assez drôle et étrangement dépaysant. On le lit avec nostalgie , sourire aux lèvres.
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La Liseuse de Paul Fournel (POL)
Robert Dubois, fondateur d'une illustre maison d'édition qu'il vient de revendre à un groupe financier, reçoit de son nouveau directeur une liseuse. Tous les manuscrits envoyés par les candidats à l'édition et à sélectionner y ont été téléchargés. Un long et douloureux apprentissage commence pour Monsieur Dubois des éditions Robert Dubois. C'est tout un monde qui s'effondre et se reconstruit autour de lui. Dans son style clair et impeccable, sur un ton mi-figue mi raisin, Paul Fournel nous emporte avec lui dans le temps de l'édition contemporaine qui vit comme suspendu entre deux ères: de celle de Gutenberg et celle de Google et de l'e-book.
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1914: une guerre par accident de Georges Ayache (Pygmalion)
Sur les causes de la première guerre mondiale, des bibliothèques entières ont été écrites. Beaucoup de ces thèses servaient plus à satisfaire les nécessités du combat idéologique qu'à vraiment analyser le «comment» de cette tragédie; d'autres restaient engluées par les concepts théoriques de la géopolitique et satisfaisaient plus la vanité et le plaisir du militant ou de l'analyste que la vérité de l'étude historique. Ces thèses croient servir l'humanité mais, trop simplistes, elles rendent incompréhensibles les crises suivantes et donnent de mauvaises clé pour les comprendre et les empêcher.
Du 28 Juin au 3 Août les réunions et décisions sont analysées au scalpel par l'auteur. Quelques hommes brillants y participaient, certes, mais pour la plupart c'étaient des médiocres, comme à toute les époques, dans tous les pays. De négligences en incompréhensions, de vacances (et oui! c'est Juillet, il fait beau, et des crises il y en tous les ans depuis 20 ans, alors, on verra après...). Après ce sera trop tard, nous nous le savons, mais eux non! Qu'il est facile d'être sage et omniscient quand l'événement est passé: on refait le match.
Un livre très intéressant et qui donne à réfléchir.
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Qui doit gouverner ? de Pierre-Henri Tavoillot (Grasset) - 20 €
Question d'actualité depuis quelques milliers d'années. Après une évocation des pratiques et évolutions des représentations du pouvoir dans l'histoire (Ah! Tout ces rappels en quelques lignes de nos grands classiques: Machiavel, Hobbes, Locke, Hume, Montesquieu...), il apparaît qu'aucun de nos problémes n'est nouveau.
Mais qu'en est-t-il de nos démocraties modernes et du désamour des peuples face aux crises sociales modernes? Le peuple, bien sûr, est la base de tout droit, mais quel peuple?: le peuple comme masse? comme classe? comme catégorie socio-profesionnelle? comme catégorie raciale? sexuelle? Et quelle médiation politique est légitime? Là se joue l'essentiel de la légimité du pouvoir! La démocratie moderne n'est pas un état mais une marche permanente qui remet sans cesse en cause les principes même de sa légitimité. Ce n'est pas un régime vieillissant dont les crises relèvent de l'arthrose, mais au contraire un régime juvénile en pleine crise de croissance si vous me permettez cette métaphore corporelle. Les seuls arthritiques sont les hommes politiques actuels qui, regardant toujours le passé où ils ont été formés, ne comprennent plus les attentes nouvelles des citoyens.
Rappel pédagogique et jouissance des concepts: que demander de plus?
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Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson (Gallimard) - 17€
La chronique est un peu tardive, c'est déjà une des meilleures ventes de cette fin d'année, alors pourquoi en parler? Et bien voilà!
Grand voyageur devant l'éternel, notre ami Sylvain pose son sac six mois dans une cabane près du lac d'Irkoutsk, au cœur de la Siberie, de Février à Juillet. Il raconte simplement la nature, la qualité précieuse du temps qui prend son temps. Il croise quelques fortes gueules, et d'autres ermites, et puis quelques animaux, bien sûr. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, et n'en a pas la prétention mais se lit avec calme et plaisir. Il a pris avec lui 60 livres, parle de certains d'entre eux, et cela m'a donné des envies, d'où ma chronique! Par exemple, il cite un livre d'un certain Aldo Leopold, «Almanach d'un comté des sables», cela me plaît. J'apprends sur «Google» que l'auteur est mort en 1948 et que son livre est sorti à titre posthume en 1949. Coup de chance (?) il vient de ressortir en poche chez Flammarion, je le lis.... et tombe sur un bijou!
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Almanach d'un comté des sables de Aldo Leopold (GF Flammarion) - 7.80 €
L'ouvrage à été édité en 1949, un an après la mort de l'auteur. Il vient d'être réédité.
«Almanach» car le livre commence par la description mois par mois de la nature dans le Nord du Wisconsin (vous voyez? Au nord de Chicago, à l'ouest des grands lacs!). Après quelques chapitres où il décrit l'évolution de quelques régions américaines depuis le XIXème siècle, il finit par un extraordinaire exposé sur la problématique écologiste et humaniste du monde. Ce texte est d'une modernité incroyable: on n'en changerait aucun mot si on avait à l'écrire aujourd'hui. Et rassurez vous, le livre n'a que 280 pages: il va droit à l'essentiel!
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L'invention de la violence de Laurent Mucchielli (Fayard) - 20 €
«Total respect» pour Laurent Mucchielli, sociologue et spécialiste en criminologie qui joue sur ce thème un rôle équivalent à celui que l'émission «Arrêt sur image» (désormais sur internet), joue pour les médias. Dans ce livre, Mucchielli met les pendules à l'heure sur ce thème politiquement chaud. Il est trop dense pour que je puisse le résumer, je vous livre «brut de décoffrage» certaines conclusions décoiffantes. La baisse de la violence est structurelle dans notre société: en 1995 il y avait 1600 morts par homicide, en 2010, il y en avait 800! Dénoncer la montée de la délinquance des mineurs est une erreur, et l'auteur de citer à ce propos des articles des années 50 ou début du XXème que l'on croirait tirés du Figaro de 2010! Sans compter l'évidence des stats. Ce qui a massivement changé, c'est l'acceptabilité sociale de la violence, rendant insupportable ce qui n'était même pas relevé il y a 30 ans. Pour exemple ce commissaire de Marseille qui il y a trente ans répondait à un journaliste: «La pédophilie? C'est une affaire privée qui ne nous regarde pas, simple question de morale personnelle». Et c'était 1979 ! Imaginez une telle déclaration en 2009!
Une citation de Tocqueville pour terminer: «Plus un phénomène désagréable diminue, plus ce qui en reste est perçu ou vécu comme insupportable».
Indispensable !
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Les brouillards de la guerre: dernière mission en Afghanistan d'Anne Nivat (Fayard) - 22 €
Dernier livre de cette extraordinaire reporter, qui sait montrer comme nulle autre ce qu'est la guerre, notamment pour ceux qui la subissent. Loin des accompagnateurs officiels des forces armées, loin des prétentions des pseudos «immersions» télévisuelles, elle sait prendre son temps pour passer de l'autre côté du miroir de la guerre, auprès des «autres!». Anne Nivat prend la température des camps militaires canadiens ou américains, puis, avec la complicité risquée d'hommes ou de femmes qu'elle avait déjà rencontrés en 2004, elle rencontre les afghans. Elle revêt le tchador pour pénétrer dans les villes et les villages, et questionne. On comprend les représentations radicalements incompatibles de chaque parti et leurs espoirs et leurs peurs .
Travail remarquable: il faut lire aussi, «Chienne de guerre», du même auteur, sur la guerre de Tchetchenie (même si la guerre est passée, les vérités et les sentiments sont éternels) ou «Lendemains de guerre en Afghanistan et en Irak» , les deux en poche.
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Gutenberg, la révolution du livre de John Man (Ecole des Loisirs) - 14,80 €
C'est une très captivante biographie de Gutenberg. John Man montre avec aisance la démarche de Gutenberg: ce dernier cherchait d'emblée à découvrir les principes de l'imprimerie moderne, il ne s'agit pas d'une invention due au hasard. L'auteur pointe où est exactement le génie de Gutenberg, car, en fait, tous les éléments existent déjà isolément: presse, papier, encre, poinçon, impression. On découvre aussi ses problèmes d'argent, il lui faudra trouver un financier: ce sera Johann Fust, qui lui fera prêt sur prêt, comme pour une «start up» moderne, et se saisira de la première imprimerie réalisée pour se rembourser. Le pauvre Gutenberg n'évite la misère que grâce à la générosité d'Adolphe II de Nassau pour qui il a imprimé des tracts politiques! C'est une histoire déjà totalement moderne! La démarche de l'auteur est très pédagogique et très claire.
D'une manière générale toute cette collection historique chez «Ecole des Loisirs» (Médium-Belles vies) est de bonne tenue, et je la conseille à tous ceux qui sont intéressés par l'histoire. Je recommande notamment «Attila» du même auteur, ou «Dans la peau d'un chef de gang» de Sudir Venkatesh.
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Je ne viens pas à vous par hasard de Adaobi T. Nwaubani (Presses de la Cité) - 21.50 €
Ce roman d'un nigérian nous plonge dans le monde des «419»: ces e-mails d'appel à l'aide qui sont des escroqueries notoires. Nous passons ici de l'autre côté du miroir: qui sont ces escrocs, spécialistes du harponnage des «mugus» (on dirait «pigeons», en France), quels sont les ressorts physiques et psychologiques mis en œuvre d'un côté ou de l'autre de l'écran ? Bien sûr, il y a personnages et intrigues, problèmes ethniques, religieux et familiaux et notre héros Kingsley, entre tentation de l'argent facile, et rigueur morale, hésite! Sans être extraordinaire, le livre est sympathique et nous fait découvrir un aspect d'un pays de l'Afrique anglophone dont l'univers est peu connu en France.
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Utopie, utopies,
Permettez moi de réunir quelques essais que je viens de lire sous cette étiquette «Thomas Morienne»!
Les communautés utopistes au XIXième Siècle de Jean-Christian Petitfils (Pluriel) - 10 €
Une histoire simple, et agréable de lecture, de toutes ces tentatives pour créer des utopies terrestres. Après les théoriciens: Platon, Thomas More, Campanella, l'heure des praticiens de la jeune révolution industrielle avait sonné. Sur trois générations des milliers d'hommes et de femmes, inspirés par des Owen, Fourier, Cabet ou d'autres, ont fondé des communautés qu'ils ont voulu libérer de la corruption et de l'exploitation de la «société». Elles s'appelaient Icaria, Cécilia, Nouvelle Australie, Oneïda, Réunion, Phalanx, ou autres..., toutes ont échoué, en quelques mois, quelques années tout au plus, face aux mêmes problèmes: dureté des installations, sous estimation chronique des moyens à mettre en œuvre, psychologie plus ou moins caractérielle des fondateurs. Et puis comme chacun sait, ses frustrations et ses sentiments d'injustices, on les transporte avec soi au bout du monde, alors, aux fins fonds du Paraguay, on retrouve toujours les mêmes rivalités, jalousies et jeux sordides du pouvoir, aussi microscopique qu'il soit.
Ailleurs, l'herbe n'est pas plus verte!
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Passons à une autre forme d'«Utopie»
L'Islande des vikings de Jesse Byock (Aubier) - 29 €
Une histoire de l'Islande de 870 (date du début de la colonisation) à 1267 (date de la soumission de l'Islande à la couronne danoise). J'ai déjà lu des livres sur la colonisation de l'Islande (j'ai eu ma période saga), celui là est particulièrement réussi. Le mécanisme de formation des institutions est particulièrement intéressant. Voilà des guerriers qui découvrent une île déserte, et en prennent possession sans plan concerté, sans roi, sans chef, et se trouvent obligés de s'entendre. Mais comment? Problèmes de territoires, de vengeances, de passions, de pouvoirs, bref problèmes de toute société qui se respecte. Ils ont mis au point un système juridique exceptionnel qui a, mine de rien, obtenu plus de réussites que tous les systèmes utopistes du XIXème! C'est d'autant plus remarquable que l'écriture est apparue deux siècles après...
Le livre qui vient d'être traduit est sorti aux Etats Unis en 2001; depuis (en 2011), Régis Boyer a écrit un petit livre «Islande, Groënland, Vinland» aux éditions Arkhe, où il démontre de manière magistrale que les vikings n'ont jamais découvert l'Amérique.
C'était un petit aparté car sur les sagas islandaises je suis intarissable !
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