Aurais-je été résistant ou bourreau ?

Aurais-je été résistant ou bourreau ?

Pierre Bayard / Minuit / 15 €

Le livre aurait pu être un ramassis de lieux communs. Je connaissais suffisamment l'originalité des autres livres de Pierre Bayard pour lui faire confiance. A travers une hypothétique fiction de ce qu'aurait pu être son engagement durant cette période, il retrace les étapes mentales, morales et psychologiques à franchir pour s'engager face au mal. Sont appelés à la barre de l'argumentation aussi bien le film «Lacombe Lucien» de Louis Malle que les expériences de Milgram et le récit de Browning sur le 101ème régiment de police. En plus, bien sûr, les témoignages de ceux qui ont dit «non», que ce soit sous forme héroïque ou comme «justes» : époux Trocmé, Romain Gary, militants de la Rose Blanche, Miléna Jesenskà ou Sousa Mendes. Il parachève son livre par les témoignages venant des derniers massacres : Cambodge, Bosnie-Herzegovine et Rwanda. Le livre est fort et on ne peut le fermer en restant indifférent.

Le dernier chapitre du livre qui s'intitule «Le point de bascule» (quand toutes les conditions sont là  non seulement dire «Non», mais aussi s'engager) possède trois parties intitulées :

-De soi même
-Des autres
-De Dieu

Cela a fait remonter en moi le souvenir du très beau livre de Tzevan Todorov «Mémoire du bien, tentation du mal» paru en 2000. A travers la lecture concentrationnaire il fait ressortir les points communs de ceux qui sont restés debout : l'estime de soi, l'estime des autres et l'estime du monde, beau parallèle dans l'analyse.

Lire aussi dans une problématique proche le livre «Un si fragile vernis d'humanité» de Michel Terestchenko. C'est dans ce livre que j'ai appris l'histoire de Giorgio Perslasca le «juste» qui a sauvé le plus de vies humaines avec Raoul Wallenberg, une aventure ébouriffante !

Jean-Marc