Eva dort

Eva dort

Francesca Melandri / Gallimard Folio / 8.20 €

Eva traverse l'Italie en train, pour voir Vito mourant qu'elle n'a plus vue depuis des années et elle songe. Du Tyrol jusqu'à la Calabre -1300km- et les souvenirs s'égrènent au fil des gares. Depuis 1925 et la présentation du grand-père Hermann, jusqu'au voyage en train au début de ce siècle, c'est une histoire méconnue du Nord de l'Italie qui défile: celle de l'irrédentisme de la haute vallée de l 'Adige, peuplée de germanophones et annexée par l'Italie à la fin de la première guerre mondiale. Sous Mussolini, la latinisation forcée des populations va bon train, et la résistance pour rester au sein de la «heimat» germanique s'organise. La répression est violente. Après 1945, malgré la fin de la guerre, les revendications continuent et la jeune démocratie italienne réagit par l'indifférence. Des manifestations aux bombes, et des bombes aux meurtres de carabinieri dans les années 60, l'histoire familiale de l'héroïne défile.
Gerda, la fille d'Hermann vit, rejetée car femme pauvre, mère célibataire, et Matratzen (servante). Enérgiquement Gerda a tissé un cocon d'amour autour de sa fille Eva: celle ci peut ainsi vivre protégée des silences névrotiques de son milieu d'origine, et là dans la train Eva dort.
Des personnages hauts en couleur ou bien médiocres mais rendus attachants par la plume généreuse de Mélandri (je vous laisse bien sûr découvrir qui est Vito). La grande Histoire et la petite, celle des individus hommes ou femmes s'entrelacent pour former un magnifique roman.

Jean-Marc