La fin de l'homme rouge

La fin de l'homme rouge

Svetlana Alexievitch / Babel Actes Sud / 12.00 €

Armée d’un magnétophone et d’un stylo, Svetlana Alexievitch, avec une attention et une fidélité uniques, s’acharne à garder vivante la mémoire de cette tragédie qu’a été l’URSS, à raconter la petite histoire d’une grande utopie. Le communisme avait un projet insensé : transformer l’homme «ancien», le vieil Adam en un homme nouveau : « l’homo-sovieticus ». Il a fallu 70 ans. C’est lui qu’elle a étudié depuis son premier livre, publié en 1985, cet homme rouge condamné à disparaître avec l’implosion de l’Union soviétique qui ne fut suivie d’aucun procès de Nuremberg malgré les millions de morts du régime.
Dans ce magnifique requiem, l’auteur de « La Supplication »  fait résonner les voix de centaines de témoins brisés. Des humiliés et des offensés, des gens bien, d’autres moins bien, des mères déportées avec leurs enfants, des staliniens impénitents malgré le Goulag...   L’auteur pose des questions non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse. Sur les milliers de détails d’une vie disparue. En 1990, les témoins sont  encore sous le coup de la pérestroïka et de la dissolution du parti par Eltsine en 1991, et ceux des jeunes dans les années 2000, 2010, qui ont 10 à 20 ans de recul.  D’un côté le choc, de l’autre le vide... L’histoire ne s’intéresse qu’aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n’est pas l’usage de les laisser entrer dans l’histoire.  Alexievitch déclare elle-même « Je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne.” C’est pour cela que je mets ce livre dans la rentrée littéraire !  Pourquoi un tel malheur ? Le malheur russe ? Impossible de se départir de cette impression que ce pays a été “l’enfer d’une autre planète”.  

Jean-Marc