La première pierre

La première pierre

Pierre Jourde / Folio / 7 €

L'auteur a écrit en 2005 un livre, "Le pays perdu", sur le pays de son enfance, au cœur de l'Auvergne. Il voulait faire de ce livre un chant d'amour (au pays de la "merde", comme il le dit lui-même) le message n'a pas été compris par les villageois.
Il est reçu l'été suivant par un passage à tabac et un caillassage, même sa femme et ses très jeunes enfants n'y échappent pas. Chacun porte plainte. Jourde raconte, explique et justifie.
Il le fait bien, il y a de très belles phrases sur le pays, sur les derniers vestiges du monde paysan ou sur la difficulté de raconter et de décrire la pauvreté et le handicap pour un écrivain. Visiblement, il n'a toujours pas digéré ni compris, ni les événements de l'époque, ni le fait que tout nouveau venu soit désormais sommé de choisir le "camp" du village contre lui, l'obligeant, malgré sa volonté, à s'éloigner définitivement de ses racines.
Si la réaction du village a été violente, il n'est pas le premier auteur à qui cela arrive. Qu'il le veuille ou non, en prenant la plume, il trahit la loi des "petits" qui est celle du silence. Il devient mécaniquement l'intello, évidemment parisien, qui s'approprie la vie des autres. Il est donc l'autre, désormais étranger, même s'il a grandit sur place et que son père y est né.

Jean-Marc