Le Quatrième mur

Le Quatrième mur

Sorj Chalandon / Lgf / 7.10 €

L’idée de Sam était folle. Réfugié grec, metteur en scène juif laïc, il rêvait de monter l’Antigone d’Anouilh sur le champ de bataille de Beyrouth, au Liban, au début des années 80. Dans ce pays où des hommes  massacrent d’autres hommes, Sam a décidé que le pays du cèdre serait son théâtre.
Il a fait le voyage. Contacté les milices, les combattants, tous ceux qui s’affrontent. Son idée : jouer Anouilh dans le théâtre qui  sur la ligne de front. Créon serait chrétien. Antigone serait palestinienne. Hémon serait Druze. Les Chiites seraient là aussi, et les Chaldéens, et les Arméniens. Il ne demandait à tous qu’une heure de répit, une seule. Ce ne serait pas la paix, juste un instant de grâce. Un accroc dans la guerre. Tous ont accepté. C’était impensable : jouer cette unique représentation.Il avait fait du théâtre de rue, il allait faire du théâtre de ruines.  La guerre lui a sauté à la gorge. Mais Sam est tombé malade, et sur son lit d’agonie il a fait jurer à Georges, un ami,  intellectuel Parisien,  soixante-huitard attardé et velléitaire, de prendre sa suite et d’aller à Beyrouth, de rassembler les acteurs un à un, de les arracher au front et de chaque communauté interprètent « Antigone » en tournant les personnages à leur manière pour être dans un rôle gratifiant est un morceau d’anthologie. Et bien sûr, progressivement, certains s’incarnent dans leur personnage. Un grand roman de la rentrée 2013.

Jean-Marc