Un mensonge d'état

Un mensonge d'état

Jean-François Impini / Michalon / 20 €

L'auteur aborde un sujet hautement politique : la délinquance, et ce, par l'intermédiaire de l'appareil statistique qui sert à la mesurer. Cet outil statistique, « l'état 4001 » comporte 103 index (vol, dégradation, meurtre…) et une douzaine de colonnes (âge, sexe, lieu…). Il est pensé et conçu au milieu des années 1970, à la veille de la révolution informatique. De nouvelles grilles plus performantes ont été élaborées depuis par la gendarmerie et le ministère de la justice. Toutefois, le ministère de l'Intérieur décide progressivement de dégrader les nouveaux outils en les fusionnant avec l'ancien, plutôt que de moderniser l'ancien modèle. Cette perte d'efficacité permet à l'ONDRP, organisme "indépendant" d'analyse de la délinquance, de jouer facilement avec les chiffres.

Quelques exemples de possibilités d'arrangements statistiques avec le réel. De 2002 à 2011 l'ONDRP affirme que la délinquance a baissé de 11%. En fait on ne constate cette baisse que sur 58 des 103 index de « l'état 4001 ». Encore mieux, les trois-quarts de cette baisse sont imputables à cinq d'entre eux seulement. Lesquels ? Vols et dégradations de voitures ou accessoires. Pourquoi ? Parce que l'on demande aux policiers de comptabiliser les tentatives de vol comme simple dégradation. L'infraction passe alors en contravention, et à ce titre elle n'est plus comptabilisée dans la délinquance. On appelle cela la « contraventionalisation » des délits ! Des centaines de milliers d'infractions s'évaporent chaque année grâce à ce tour de passe-passe.

Vous apprécierez particulièrement comment on peut obtenir un taux d'élucidation de 195% pour certains délits, ou par quel miracle, depuis 2008 la police retrouve chaque année plus de disparus qu'il n'en a été déclaré!

Un livre "décoiffant". Lors de la prochaine grand-messe consacrée à la délinquance, vous pourrez écouter d'une toute autre oreille  les déclarations de chacun.

Jean-Marc